La décadanse

PUDEUR

La Parfumerie
Théâtre

  • 7, ch de la gravière - Les Acacias - Genève
  • Plan Voir sur le plan
  • www.laparfumerie.ch
Cie La Campanazo

PUDEUR

Expériences spectaculaires pour mettre à nu ce qui nous en empêche
du 06 au 18 octobre 2020 au Théâtre de la Parfumerie
Dans le cadre de Au Parfum
du mardi au samedi à 19h –dimanche à 17h –relâche le lundi
Réservations au 022 341 21 21

Mise en scène: Naïma Arlaud
Dramaturgie: Marion Thomas
Avec: Thaïs Venetz, Léo Mohr, Raphaël Archinard
Création lumières, technique, régie: J-C.Cerutti
Avec le soutien de la Ville de Genève et de la Loterie romande

Extrait"J'aimerais vous parler de pudeur. Mais comment vous parler de pudeur alors même que, si j'ai envie de parler de pudeur, c'est parce que je suis extrêmement pudique? Ce qui fait que par pudeur, je ne peux pas parler de ce dont ma pudeur est faite, puisqu'on ne peut pas peindre les contours de la pudeur sans être impudique. Encore moins montrer. Voilà, je ne peux pas vous montrer ma pudeur, puisque ma pudeur consiste justement à ne pas montrer ce que je ne peux pas dévoiler. Et pourtant si j'ai envie de parler de pudeur c'est parce que ces choses que par pudeur je ne peux ni montrer ni dire, je brûle d'envie de vous les dire et de vous les montrer, puisque ce qui se cache derrière ma pudeur c'est une grande partie de ce que je suis. Mais paradoxe, pourquoi vouloir représenter ce que je suis, si ce n'est par impudeur? Alors je me dérobe, je déblatère, je triche, je peux même présenter à vos regards plein de choses que la pudeur pudibonde considère impudique, mais que ma pudeur personnelle peut dévoiler sans se sentir apeurée, comme par exemple parler de mes pets, montrer mes poils pubiens ou vider ma mooncup que je n'ai pas parce que mes règles sont trop peu présentes, et peut-être qu'après ça je serai soulagée, avec l'impression d'avoir traité la pudeur sans complexes sur un plateau."

Pudeur, c’est un mot qui travaille notre corps et nos émotions. Et c’est aussi ce que fait le théâtre. C’est un mot qui se situe à la frontière entre l’intime et le collectif, l’individu et la société. Et c’est aussi ce que fait le théâtre.

Pudeur, c’est la deuxième création de la compagnie La Campanazo. Le spectacle sera créé et présenté dans le cadre du 2ème évènement «Au Parfum» pour la jeune création, qui aura lieu au Théâtre de la Parfumerie durant les mois de septembre et octobre 2020.

J’ai toujours aimé interroger les endroits de nos identités qui peuvent être inconfortables, qui grattent, et qui nous définissent peut-être plus sûrement que nos fiertés et nos certitudes. La pudeur est un de ces endroits, parce qu’elle touche à la fois à notre intimité la plus secrète et à notre image la plus publique. Elle est constituée de tout ce qu’on ne montre ni ne raconte; elle se révèle en creux, par ses limites,quand elles sont franchies. En tant que telle, la pudeur est insaisissable.

C’est un mot dont on ne sait pas quoi faire. Même pas le définir. D’ailleurs il est souvent intraduisible: pas de mot en anglais, en allemand, en grec... pour dire la pudeur. Ou plutôt, des tas de mots qui rendent compte d’aspects très différents qui en français sont rassemblés dans un même vocable. Pudibonderie, honte, chasteté, gêne, timidité, modestie, pruderie, retenue, décence, délicatesse... tous synonymes d’un même mot qui selon les contextes, le locuteur, l’époque, l’objectif, le genre, peut être utilisé pour qualifier une qualité (voire une vertu) ou un défaut (voire un péché); un comportement ou un caractère; un rapport à soi ou un rapport aux autres; une émotion ou une sensation; une injonction sociale ou un choix personnel...

Quelle place pour la pudeur dans une société du spectacle? Quid de la pudeur dans un monde qui théorise que nos identités sont des performances? Après #MeToo et dans un contexte où la notion de consentement est enfin prise au sérieux, est-ce que le concept de pudeur peut nous servir à quelque chose? Quand un hijab de sport peut créer une polémique nationale, ça a quelque chose à voir avec la pudeur? Est-ce que revendiquer la pudeur peut être aussi féministe et radical que de brûler son soutien-gorge?

Dans un monde où on n’a pas vraiment d’autre possibilité que de distribuer nos données personnelles aux multinationales,où ne pas partager sa vie sur un réseau social est devenu un choix radical; où il est tellement important de «bien présenter»que le chômage vous offrira des cours de CV avant de vous proposer des formations professionnelles, où il existe des programmes de «relooking»censés aider les gens à sortir de la pauvreté, il me paraît indispensable de s’interroger sur ce qu’est la part de nous qu’on décide de laisser échapper à ces représentations.
Et tout aussi indispensable de ne pas le faire seule.

La pudeur, c’est un lieu de solitude que j’ai envie de le collectiviser. Car il est impossible de s’intéresser à la pudeur en travaillant de façon verticale, en étant trop directif. Le sujet oblige à penser la mal nommée direction d’acteurs autrement, à s’approcher du travail en collectif. J’ai choisi de travailler avec des gens que je connais bien et qui m’accompagnent depuis longtemps, non seulement dans mes explorations théâtrales, mais aussi dans les réflexions et militances féministes, et au-delà. Je trouve très important de pouvoir travailler dans la confiance et la complicité, d’autant plus pour un sujet aussi délicat, et je sais qu’avec eux nous pourrons explorer en confiance mais aussi avec humour, et surtout, construire ensemble.
Signaler une erreur Ajouté par yannick le 11 septembre 2020
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